Bienvenue sur mon « ortho-blog »

Billets d'humeur, actualité linguistique, anecdotes orthographiques, je partagerai ici régulièrement, avec vous, mon regard de correctrice sur le monde qui nous entoure.

« Ceux qui écrivent comme ils parlent, quoiqu'ils parlent très bien, écrivent mal. »

George Louis Leclerc, Comte de Buffon, écrivain, naturaliste et philosophe français (1707-1788)

  • De l'utilité de compter les espaces comme des caractères...

    Un internaute me demande pourquoi compter les espaces comme des caractères dans la correction professionnelle, et « comment peut-on faire des fautes d'espace »...

    C'est l'occasion de faire le point sur la question. Car, de fait, une part non négligeable de mon temps de correction est passée à corriger… le vide !

    Eh oui ! il y a effectivement plusieurs types d’erreurs possibles concernant les espaces, lesquelles (1) font partie, rappelons-le, des caractères dits « non imprimables », comme les retours à la ligne.

    Voici quelques exemples de corrections nécessaires sur les espaces.

    -        Pour commencer, la très classique double espace. Une espace en trop entre deux mots, c’est une intervention du correcteur.

    -        Deuxièmement, les oublis de traits d’union dans les mots composés : le petit déjeuner, vis à vis, c’est à dire, un New Yorkais… Ce sont autant d’espaces à « combler », donc nécessitant une correction.

    -        Enfin, l’espace insécable… obligatoire, par exemple, avant un signe de ponctuation dite « haute » (:;!?) ou entre un nombre et le symbole d’une unité de mesure (10 min, 3 kg, 1 000 €, 23 %…). Cette espace empêche ladite ponctuation ou le symbole d’être séparé en fin de ligne de ce qui le précède. Beaucoup de vérifications et de corrections en la matière !

     CQFD ! Voilà pourquoi il n’est pas saugrenu, et encore moins opportuniste, de facturer les espaces comme tous les autres caractères lors d’une correction orthographique !

    NB : sachez que la langue française distingue en réalité trois types d’espaces :

    ·         l’« espace mots justifiante », espace « normale » et qui varie en largeur en fonction du nombre de mots sur une ligne dans un texte justifié ;

    ·         l’« espace mots insécable », de largeur fixe et empêchant, donc, un mot ou un caractère (guillemets, deux-points) d’être séparé en fin de ligne du mot qui le précède (ou qui lui succède, dans le cas du guillemet ouvrant) ;

    ·         l’« espace fine insécable », qui précède les ponctuations hautes autres que le deux-points (;!?). En pratique, avec les logiciels de traitement de texte, aujourd’hui, l’espace fine n’est pas facilement intégrable et est le plus souvent remplacée par une espace mots insécable.

    (1) le mot « espace » est féminin en typographie.

  • La dictée a le vent en poupe

    Le journal 20 minutes a publié hier un article sur l'engouement grandissant des Français pour les dictées et les championnats qui vont avec.

    https://www.20minutes.fr/societe/2534739-20190606-pourquoi-francais-fans-championnats-dictee

    Le constat ? Les Français aiment leur langue et ne sont pas traumatisés par leurs dictées d'école. C'est une bonne nouvelle :-)

    Mais pourquoi aujourd'hui plus qu'hier ? Les sites Internet dédiés aussi se multiplient. Serait-ce un phénomène de mode ? Comme celui des grilles de sudoku, il y a quelques années ?
    Dictées classées par thèmes, par niveaux, par domaines de la langue à réviser…, tout est possible.

    Pour le plaisir solo (qui a dit maso ? :-) d'une autodictée, pour s'entraîner aux concours, ou pour briller en société ?… Qu'importe ! Ce qui est appris n'est plus à apprendre ! Vive la dictée !
     

  • Je vous écoute avec les yeux

    Chers lecteurs et clients,

    certains d’entre vous le savent, je suis malentendante, voire une sourde en devenir, même si un appareil auditif me permet aujourd’hui de faire illusion dans la plupart des situations… que je n’évite pas.

    J’entends mal, donc, mais je n’en suis pas moins à votre écoute. Certes, je décline vos invitations à échanger au téléphone ; certes aussi, je ne vous propose pas mes services dans les allées bruyantes des salons ; certes encore, il me faut choisir mon siège – celui à votre gauche – lorsque je viens vous rencontrer au bureau. Je suis à votre écoute…, mais de préférence par écrit !

    Fort heureusement, mon métier ne demande pas tant une bonne audition, qu’une bonne vue, une vue formée et exercée, capable de traquer la faute, l’erreur, l’imprécision, l’oubli... « Un œil de lynx ! », me dit-on…

    Ce qui m’amène à signaler/rappeler que le lynx, superbe animal au demeurant, n’a qu’une vision bien ordinaire, et ne mérite donc pas d’être encensé en cela.

    Car, en réalité, l’expression nous vient de la mythologie grecque. Et plus précisément d’un certain Lyncée (« Lunkeos », en grec), compagnon de Jason parti en quête de la Toison d’Or, pilote de navire de son état, et surtout doté du pouvoir de voir à travers les nuages, les rochers et les profondeurs marines… Ah ! Quel don que celui d’avoir les yeux de Lyncée !

    Lunkeos, lynx, un duo de paronymes (mots de sens différents mais de sonorités voisines) ayant conduit au fil du temps au superpouvoir supposé des félins à pinceaux de poils !

    Notez d’ailleurs que la confusion ne date pas d’hier, puisque Jean de la Fontaine en personne l’a reproduite dans sa fable La Besace (en 1668 !) :

    Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous,

    Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes

    On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.

    Moralité, tâchant de n’être pas taupe, espérant ne pas le devenir, je me tiens à votre écoute écrite pour tout besoin de relecture professionnelle !

  • Monsieur Larousse, censurez ! SVP !

    Ma fille avait une dissertation à rendre en anglais aujourd'hui et m'a proposé de la lire, si je voulais. « Oui, bien sûr, chérie ! » Mais comme je suis une maman pointilleuse, et de surcroît allergique aux erreurs, je dois toujours, dans ce genre de circonstances, m’assurer de savoir exactement avant lecture ce que mes enfants me demandent quand ils me proposent de lire leur prose. Un avis sur le fond ? sur la forme ? une correction orthographique ? (Si tant est que je réussisse à faire l’un sans l’autre, ça, c’est une autre histoire…)

    Et voilà que ma fille me répond : « Ce n’est pas pour les fautes, j’ai utilisé le correcteur en ligne… » Saperlipopette ! Je n’ai pas le temps de lever le sourcil pour manifester mon indignation qu’elle a déjà réalisé l’énormité de sa réponse… C’est qu’elle me connaît comme si je l’avais faite… No comment.

    Dissertation lue, presque aucune erreur relevée. Soit le correcteur en ligne n’est pas si mauvais, soit le niveau d’anglais de ma fille est vraiment très bon. J’opte pour la deuxième explication, et je sais que j'ai raison de le faire.

     

    Puis je me remets au travail, de la correction en français, cette fois. C’est alors que, lors d’une vérification sur larousse.fr, je remarque le petit monsieur en marinière, là, sur le côté. Je regarde de plus près, et cette fois mon sourcil se soulève bel et bien d’indignation ! Quatre erreurs (dont deux fois la même) dans une accroche invitant à apprendre la langue française sur TV5MONDE. C'est du propre !

    Monsieur Larousse, s’il vous plaît, censurez les annonces contenant des erreurs de français !! Quant à TV5MONDE qui prétend enseigner le français, comment vous dire…

    Copie d'écran sur larousse.fr

    Capture d'écran ce jour sur le site larousse.fr
    11/04/2017