Aiguë ou aigüe ?

Voici un ortho-truc ambigu s’il en est, voyez plutôt.

aigüe ou aiguë ?

exigüe ou exiguë ?

ambigüe ou ambiguë ?

contigüe ou contiguë ?

Ces adjectifs sont à la forme féminine. Les formes masculines s’écrivent bien sans tréma :

Aigu, exigu, ambigu, contigu…

La règle est extrêmement simple puisque le tréma accompagne toujours le e du féminin et donc lui appartient. Autrement dit, on ajoute le e et son accent ensemble, ë. Ce tréma sert à préciser que la voyelle qui le précède doit être prononcée en tant que telle.

Aigue se prononcerait comme egg

Aiguë se prononce comme aigu

Sachez d’ailleurs que le tréma en français ne s’utilise presque exclusivement que sur le e et le iLe ü est extrêmement rare et le ä et ö inexistants. 

Noël, coïncidence, naïf, canoë, maïs…

Emmaüs, capharnaüm.

 

Jusque là, c’était très simple, mais voilà que les simplifications voulues par la réforme de l’orthographe de 1990 (voir ici) nous compliquent finalement cette règle très facile à mémoriser, en disant que le tréma s’ajoute bel et bien mais sur le u et donc que les nouvelles graphies recommandées sont :

Aigüe, exigüe, ambigüe, contigüe…

Mais pourquoi donc ??? Officiellement « pour éviter les difficultés de lecture » ! Pas très convaincant, pour une fois.

Bref, de fait, cet ortho-truc est finalement inutile puisque les deux graphies restent correctes : la nouvelle recommandée mais non imposée et l’ancienne toujours acceptée.

Remarquons cependant que si certains dictionnaires proposent les deux graphies (comme mon Petit Larousse 2012, par exemple), c’est loin d’être le cas partout. Le Larousse en ligne est resté sur l’ancienne graphie et même d’éminents spécialistes continuent de s’y tenir. J’en veux pour preuve l’article consacré à cette question dans le très récent Grand Livre anti-fautes d’orthographe (septembre 2013) du correcteur qu’on ne présente plus ici, Jean-Pierre Colignon.

Retenons en tout cas toujours ceci à propos des mots se trouvant acceptés sous deux formes en raison de la réforme de l’orthographe : l’homogénéité d’un texte contribue à sa qualité, il faut donc faire des choix mais aussi s’y tenir.

Une pièce sera exigüe et contigüe à une autre...

ou exiguë et contiguë à une autre !

 

 

Références : Le Grand Livre anti-fautes d’orthographe, J.-P. Colignon, Ed. L’Opportun (2013), www.larousse.fr, http://www.orthographe-recommandee.info/index.htm

 

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Commentaires (5)

1. Isabelle jeudi 15 Juin 2017

Je trouve au contraire que la réforme de 1990 met fin à une aberration en ce qui concerne ces adjectifs. Le tréma signifie que la voyelle doit se prononcer séparément. Il doit en toute logique être placée sur le u et non sur le e. Le tréma sur le e ne pouvait se justifier en aucune manière (pourquoi prononcer le ë différemment dans aiguë et dans Noël?) Mais il aurait été beaucoup plus simple et plus logique de supprimer totalement le tréma qui ne sert absolument à rien dans ces mots ! A quand une vraie réforme qui balaiera tout ce qui est inutile? La réforme de 1990 n'a malheureusement été qu'une mesurette...

2. viguier (site web) jeudi 06 Octobre 2016

Bonjour Atlantique
À vouloir prendre le temps de répondre de façon posée et étendue, voilà que les mois passent et que je ne me pose finalement jamais pour répondre...
Je me décide donc ce jour à vous répondre succinctement mais sûrement, en vous remerciant de votre message.
Bien à vous,

Sophie

3. Atlantique samedi 21 Mai 2016

Vous écrivez bien, vraiment. C'est drôle, comme ça se voit en quelques lignes seulement. Un plaisir, en tout cas : merci...

Je ne sais pas pourquoi j'ai du mal avec la réforme de l'orthographe de 1990. Pourtant, d'habitude, j'aime bien la nouveauté et le changement, mais là ça ne passe pas bien. Je trouve qu'un rafraîchissement est plus rafraîchissant qu'un rafraichissement.
Même sans le ^ je continuerais à sentir la présence du s. Il est là, affleurant à l'inconscient du mot. Pour quoi le voiler ? Même si ce n'était pas ad libitum ça me paraîtrait inutile, comme vous dites justement.

Enfin, quoi qu'il en paraîtra et quel qu'en fût le coût, je ne me sens pas prêt à jeter cette ombre étymologique par la fenêtre. Je trouve qu'elle est comme un joli meuble à l'intérieur du mot, qui ne prend pas de place. Un truc raffiné et discret, juste en passant, comme un parfum léger.

Je sais bien qu'en démocratie il faut suivre la foule au moins de temps en temps, mais faut-il toujours légiférer ? "Puisque ces événements (ahem) nous dépassent, feignons d'en être les instigateurs"...

Quand on supprime la faute pour faire diminuer le nombre de fautes, je me demande si on n'ouvre pas aussi quelques portes. Non ?

4. Bellou samedi 06 Février 2016

Vous m'avez éclairée et fait sourire, merci !

5. Carmen Gregorio jeudi 12 Février 2015

Très utile, merci.

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Date de dernière mise à jour : mercredi 25 Mai 2016