Billets de viguier

  • Orthographe, circonflexe et Cie, une actu ?

    Bonjour,

    En ce contexte de nouvelle médiatisation passionnée des propositions de la réforme de l'orthographe de 1990, je vous propose de lire ici l'article publié par le journal Le Monde, dans sa rubrique Les Décodeurs (en ligne ici). Comme ce genre d'article ne reste pas forcément en ligne longtemps, je le copie ici dans son intégralité pour l'information des visiteurs de ce site.

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    Non, l’accent circonflexe ne va pas disparaître

    Le Monde.fr |  • Mis à jour le  | Par Samuel Laurent

    image: http://s2.lemde.fr/image/2016/02/04/534x0/4859438_6_9496_une-reforme-de-l-orthographe-datant-de-1990-va_0dbe285b38e4035e1903b5674a10f788.jpg

    Une réforme de l'orthographe datant de 1990 va être introduite dans tous les manuels scolaires. Mais elle ne fait pas disparaître l'accent circonflexe.

    « La mort de l’accent circonflexe » ; « L’accent circonflexe va disparaître à la rentrée » ; « Adieu circonflexe, la réforme de l’orthographe va s’appliquer en septembre » : voilà quelques-uns des titres qu’on pouvait lire, jeudi 4 février dans la presse. Une nouvelle qui a immédiatement suscité commentaires et traits d’humour sur les réseaux sociaux.

    Le syndicat étudiant UNI et l’observatoire des programmes scolaires ont même publié un communiqué rageur contre la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, qui « se croit autoriser [sic] à bouleverser les règles de l’orthographe et de la langue française ».

    Mais pourquoi ce soudain emballement ? Contacté, le ministère de l’éducation nationale avoue ne pas comprendre : il n’a rien annoncé.

    Lire aussi : Quiz de français : et vous, parlez-vous la nouvelle orthographe ?

    Tout a commencé avec un article publié par le site de TF1, mercredi 3 février, qui annonçait que « la réforme de l’orthographe votée en 1990 sera [it] appliquée à la rentrée prochaine », sans préciser sa source.

    En 1990, l’Académie française avait planché sur une grande révision du français, afin d’en simplifier l’apprentissage. Cette réforme proposait une série de modifications : harmonisations lexicales (« charriot » avec deux « r » pour être similaire à « charrette »), regroupement de noms composés (« portemonnaie » plutôt que « porte-monnaie ») et suppression de certains particularismes, dont l’accent circonflexe.

    Cette réforme, violemment combattue et qui avait suscité des débats passionnés, n’avait pas de caractère obligatoire. Elle constituait une série de suggestions. Et, si la plupart des dictionnaires les proposent comme graphie alternative, dans l’enseignement proprement dit, elle est restée lettre morte durant un quart de siècle.

    Une réforme en place depuis… 2008

    Alors d’où vient la nouveauté ? En réalité, elle date de… 2008. A cette date, un Bulletin officiel de l’éducation nationale venait rappeler que « l’orthographe révisée est la référence ». Ce que confirme par exemple le site de l’académie de Grenoble, qui indique que « les programmes 2007 (…) imposent aux profs d’enseigner l’orthographe révisée ».

    Dans la réforme des programmes intervenue fin 2015, on trouve la même mention : « Les textes qui suivent appliquent les rectifications orthographiques proposées par le Conseil supérieur de la langue française, approuvées par l’Académie française et publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990. »

    image: http://s1.lemde.fr/image/2016/02/04/534x0/4859437_6_41f1_2016-02-04-2899fb2-23528-192xy9r_3b2a0702e7deca78bafd6897a20633ad.png

     

    Mais elle évoque bien « les textes qui suivent », donc ceux qui définissent les nouveaux cycles d’apprentissage.

    Une décision des éditeurs de manuels scolaires

    Mais alors, quelle est la nouveauté de 2016 ? « Cette fois, les éditeurs de manuels scolaires ont décidé de tous appliquer la réforme à la rentrée », explique-t-on au ministère. Jusqu’ici, en effet, ceux-ci appliquaient ou non les réformes orthographiques, de manière disparate.

    La réforme sera désormais appliquée dans les nouveaux manuels, confirme-t-on chez deux éditeurs scolaires. Aux éditions Belin. Sylvie Marcé, leur présidente, explique :

    « Ce n’est pas nouveau que les manuels primaires intègrent cette orthographe. Certains le faisaient déjà. Ce qui a probablement poussé beaucoup d’éditeurs à sauter le pas cette année, c’est le fait que le ministère lui-même a rappelé l’importance de l’orthographe et de la langue, et a inscrit à l’intérieur des programmes que la référence est celle de 1990. »

    Mais l’éditrice rappelle aussi que « l’Académie n’a jamais imposé cette nouvelle orthographe, qui reste facultative », et qu’il s’agit pour les éditeurs scolaires d’accompagner et de clarifier ce changement. Dans les faits, les enseignants n’ont pas à sanctionner un élève qui écrirait « à l’ancienne » avec des circonflexes.

    Non, le circonflexe ne disparaît pas

    Dernier point : la réforme ne « tue » pas vraiment l’accent circonflexe. En réalité, celui-ci serait facultatif sur les « i » et les « u », mais demeurerait sur les « a » et « o ». En outre, il resterait employé dans d’autres cas :

    • Au passé simple : nous suivîmes, nous voulûmes, nous aimâmes ; vous suivîtes, vous voulûtes, vous aimâtes…
    • À l’imparfait du subjonctif (troisième personne du singulier) : qu’il suivît, qu’il voulût, qu’il aimât…
    • Au plus-que-parfait du subjonctif : qu’il eût suivi, il eût voulu, qu’il eût aimé…
    • Lorsqu’il apporte une distinction de sens utile : dû, jeûne, mûr, sûr… Dès lors que l’enlever créerait une confusion de sens entre deux mots (« mûr » et « mur », par exemple).

    Ajoutons que l’Académie précisait déjà dans son document de 1990 :

    « Les personnes qui ont déjà la maîtrise de l’orthographe ancienne pourront, naturellement, ne pas suivre cette nouvelle norme. »

    Jeudi matin, le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem a confirmé que « ces règles sont une référence mais ne sauraient être imposées, les deux orthographes sont donc justes. »

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  • Dicos nouveaux

    Les dictionnaires nouveaux sont arrivés ! Le Petit Robert et le Petit Larousse, édition 2016, sont parus en mai dernier, en avance sur leur temps comme à leur habitude, et tentant de rester à la page en intégrant comme chaque année un florilège de mots nouveaux… dont le choix en laissera perplexe plus d’un.

    Notre langue évolue avec son temps aussi, certes, mais beuh pour « marijuana » et mémériser pour « vieillir l’apparence d’une femme » nécessitaient-ils vraiment une pérennisation lexicale ? Les expressions « tendu comme un string » ou « maquillée comme un camion volé » sont-elles vraiment devenues indispensables à notre culture linguistique ?

    D’ailleurs, c’est drôle, parmi les nouveaux venus, les quelques mots mis en avant sur http://www.linternaute.com/actualite/societe/1230509-nouveaux-mots-du-dico-2016/ (par exemple) et sur le site du Petit Robert (http://www.lerobert.com/le-robert-illustre/les-mots-nouveaux.php) ne sont pas du tout les mêmes. À croire que l’éditeur lui-même n’assume pas certains de ses choix… Encore plus drôle, sur le site du Petit Robert, parmi les mots nouveaux figure l’anglicisme big data, sa définition et… la recommandation « officielle » pour exprimer cette notion : mégadonnées !

     

    Je suis fidèle au Petit Larousse et me procure la dernière édition tous les 3 ou 4 ans, histoire de rester moi-même à la page. Cette année, mon tout nouveau dictionnaire arbore fièrement une jolie carte dorée me donnant accès à une version Internet du Larousse 2016. Chouette, chouette ! Moi qui suis adepte de la version gratuite en ligne pour mes recherches rapides, mais qui dois régulièrement retourner à mon bon gros pavé, me voilà emballée par une version actualisée directement à portée de clavier. Je m’empresse donc d’activer mon dictionnaire Internet et bien sûr de le tester…

    Quelle déception ! Côté dictionnaire, les mots nouveaux n’y sont pas et je ne trouve aucune plus-value par rapport à la version gratuite en ligne accessible à tous. C’est d’ailleurs, je le suspecte, exactement la même version. Côté conjugateur, apparemment rien de nouveau non plus : il ne sait pas conjuguer « mémériser ». Côté encyclopédie, c’est pire. Une suite de dossiers à consulter, classés par thèmes, mais aucune possibilité de recherche par mot-clé, ce qui limite grandement son utilité, la version gratuite étant bien meilleure pour cela.

    Je trouve finalement un intérêt à ce « webdictionnaire » (!) : les documents vidéo,  quasi absents du Larousse en ligne. Il faut cependant parcourir la liste chronologique pour y trouver un sujet en particulier, car, là encore, pas de recherche par mot-clé. C’est très dommage.

    En bref, grande déception quant à la petite carte dorée de mon nouveau dictionnaire, mais quelle importance ? De toute façon, c’est bien ma version papier que je voulais actualiser. Me voilà équipée pour 3 nouvelles années !

  • Correcteur pas correct

    Cela fait longtemps que je n'ai pas pris le temps bloguer ici.

    Mais je me dois de partager avec vous ma récente découverte d'un correcteur en ligne particulièrement mauvais : http://www.mystilus.com/Page_d_accueil.

    Je ne recherche pas ce genre de sites en général et suis tombée dessus par hasard. Méfiante par nature orthographique, vous le savez, je m'empresse de réaliser un petit test très simple... qui ne fait que confirmer mes soupçons. Voyez plutôt : 

    Je demande la vérification de la phrase : « La mer de mon geandre es plu agé que moi. » et appuie sur la touche réviser.

    Le mal nommé Stilus me signale :

     - que geandre et agé sont incorrects en les soulignant de rouge,

     - que, geandre ne convenant pas, je peux le remplacer par geindre... (pas d'autre choix, j'accepte donc, en remplaçant ainsi sciemment une erreur par une autre...)

     - que pour agé, il me faut choisir entre âge et âgé. Je choisis âge... (en gardant donc également une erreur à la place d'une autre)

     - et c'est tout ! S'affiche alors cette édifiante conclusion : « Il n'y a plus d'erreur. »

    Je peux donc, à l'en croire, écrire en toute confiance dans mon texte : 

    « La mer de mon geindre es plu âge que moi. »

    J'insiste, je redemande une révision sur cette phrase. Réponse :  « Nous n'avons pas trouvé d'erreur. »

    Eh bien ! voilà qui est intéressant, n'est-ce pas ? Il ne me reste plus qu'à vous donner ma version sans erreur de cette phrase (pour laquelle Stilus affirme tout autant ne pas avoir trouvé d'erreur... À la bonne heure !), en corrigeant d'une part les 4 erreurs sur 6 non trouvées par Stilus, et d'autre part les 2 qu'il m'a proposé d'ajouter...

    « La mère de mon gendre est plus âe que moi. »

    ... et à vous conseiller la plus grande méfiance à l'égard de ce genre de sites de correction...

  • Un livre-pépite parmi des millions d'autres

    Partageons, partageons nos lectures ! Et dire qu’il fut un temps où je considérais la lecture comme un plaisir solitaire.

    Depuis mon expérience mère-fille du prix Gulli du roman, je m’intéresse de plus près à la littérature jeunesse, et ma fille, en plus de me signaler systématiquement les erreurs qu’elle relève dans les livres, maintenant me conseille des lectures. C’est drôle, d’avoir longuement discuté littérature avec moi, elle est maintenant capable de prévoir ce qui va me plaire dans ses toujours aussi voraces lectures.

    Cette semaine, une nouvelle copine lui a prêté de nouveaux livres. Parmi ceux-là, 22 !. « Tu devrais lire ce livre, m’a-t-elle simplement dit, je pense qu’il va te plaire. »image-22.jpg

    Bingo ! J’ai lu et j’ai beaucoup aimé ! Car ce n’est pas juste une jolie histoire pour enfants...

    Il a sa place dans ce blog, 22 !, ce livre de Marie-Aude Murail, paru chez l’École des Loisirs en 2008.

    C’est l’histoire d’un grand-duc qui fait interdire la lettre v dans son duché. Pourquoi ? Parce que, à la naissance de son riquiqui fils Ivan, un jeune poète en herbe écrit une chanson un peu moqueuse qui connaît un grand succès parmi les gens du peuple. La chanson parle d’Ivan, de vent, et vlan, et vlan, et vlan !… Vexé, le grand-duc, voulant éviter que son bourreau ne soit débordé à couper les têtes de tous les moqueurs, a cette brillante idée d’interdire la lettre v… et s’y contraint lui-même, ce qui lui vaut moult migraines. Essayez donc de parler sans v, vous ! Ce n’est pas une mince affaire !

    Alors bien sûr, on peut voir dans ce livre un plaidoyer contre toutes les censures, avec cette « police de la répression du v ». D’autant que ce titre, 22 !, évoque clairement l’expression argotique « 22 ! V’là les flics ! » (bien que 22 soit ici en premier lieu le rang du v dans l’alphabet !)

    Ce qui me plaît, à moi, c’est l’art de jouer avec les mots. L’auteur s’amuse et nous amuse.

    Cette drôle de loi rappelle le jeu de mot appelé « lipogramme », qui consiste à se contraindre à écrire un texte sans l’une ou l’autre lettre. Le plus connu des lipogrammes est sans doute le roman La Disparition, de Georges Perec, écrit sans utiliser la lettre e, et chacun imagine la gageure que cela représente en français (cet ortho-billet est bien un lipogramme sans w – mis à part ce dernier –, mais où est l’effort ?).

    Certes, comme le lipogramme exalte la créativité, la disparition du v au grand duché encourage la recherche de synonymes : plus de vent, mais de la bise, du zéphire, de la tramontane… Mais il faut bien le dire, la perte d’une lettre est une calamité !

    Le fautif troubadour, Vladimir devenu Ladimir, postule d’abord, incognito, au nouveau métier en vogue, euh... à la mode : « correcteur de la chose écrite », car il faut aussi faire disparaître le v des livres, euh… des choses écrites. Et il se met à réécrire, lui qui rêvait d’être écrivain (lui qui songeait à se faire romancier...). Mais, déprimé, le v le démangeant décidément, il se retire dans une « vieille villa avec véranda » au creux d'une « vallée venteuse ». Oh, là, là ! Allez dire ça sans v !

    Vous l’aurez compris, ce livre est tout à fait réjouissant, de ceux que j’aime tout particulièrement, car au plaisir de lire il cumule la perception de celui que l’auteur a indubitablement pris à l’écrire.

    De plus, et ce n’est pas là son moindre intérêt, il permet aux jeunes lecteurs, public destinataire, rappelons-le, de cette aventure insolite, de réfléchir sur leur propre langue et sur la richesse du vocabulaire qu’ils emploient sans même y penser.

    Alors, merci ma fille pour ce conseil de lecture ! À mon tour, ici, je partage le plaisir que m’a apporté cette petite pépite.

    Lisez et faites lire !