1Q84

Ma bonne résolution plaisir, lire plus !

Que fait une correctrice pendant ses vacances ? Elle lit, bien sûr ! En tout cas, c’est ce que je fais, du moins plus que d'habitude. Quel plaisir de m’installer dans le fauteuil devant la cheminée, en plein après-midi d’hiver, à la lumière du lampadaire, car le jour baisse déjà, et de lire une heure ou deux. La Liste de mes envies1, la semaine dernière (un coup de cœur !), La Vérité sur l’affaire Harry Québert2, cette semaine. Il n’y a que pendant les vacances que je m’octroie de vrais longs moments de lecture plaisir.

Depuis toujours, j’aime lire, j’aime les livres. Mais je lis trop peu pour le plaisir. Le boulot, les enfants, la maison, il y a fort à faire. J’ai peu de temps pour lire. Ou, pour être plus honnête avec moi-même, je ne prends pas beaucoup le temps de lire.

D’ailleurs, à quoi bon ? Gérer son propre quotidien n’est-il pas plus important que de se laisser emporter dans celui de personnages imaginaires pour qui il est si facile de décider de changer de vie, de tout quitter pour vivre son rêve, de multiplier son temps de travail par deux pour payer les factures, de le diviser pour devenir la mère idéale. Question de priorités.

Mais je lis, je dévore même certains livres. Ah ! Ça, oui ! Je le trouve le temps de lire quand je tombe sur une Jane3, une Mariana4, une Alice5 (super coup de cœur !), sur une Aomamé6 ou encore sur une Madame Ming7 ! Que des femmes, tiens !

Et je lis. J’abandonne un temps mes tâches, ma famille, et je lis. Même si l’on peut partager ses émotions de lecture avec ses amis ou dans un club de lecture, lire est avant tout un plaisir égoïste et solitaire. Dans le fauteuil, une heure, pendant la cuisson du repas, cinq minutes, dans la salle d’attente du médecin, en attendant mon tour, n’importe où, dès que possible. Je me plonge dans la vie des autres à en oublier la mienne. C’est dangereux ! Je ressens le danger de la lecture. Le danger de plonger trop vite trop loin dans ces univers. Quand je retourne à ma réalité, j’ai l’impression d’être sonnée, mal réveillée, dans le brouillard. Souvent même, je suis morose à la fin d’une aventure. Je suis déçue de devoir quitter un personnage particulièrement attachant.

C’est grave docteur ? Non, bien sûr, une correctrice sait faire la part des choses entre la fiction et la réalité. Ce ne sont là que des histoires. N’empêche, je me sens happée par ces autres vies, et je me sens en danger parfois autant que je m’en délecte. 

Lecture danger, lecture échappatoire ; mais lecture thérapie, lecture espoir aussi. Connaissez-vous la « bibliothérapie » ? Savez-vous que des psychothérapeutes prescrivent, déjà depuis quelques années, des livres à lire à leurs patients, non pour qu’ils échappent à leur quotidien à problèmes, mais bien pour le partager avec un personnage souffrant du même mal mais qui à la fin s’en sort et donnera de l’espoir au lecteur. Une lecture pour voir les problèmes sous un autre angle, pour se sentir moins seul, pour croire en une guérison possible.

Et puis quoi ! Même si le « problème » n’est que le monotone quotidien, cela fait du bien, tout simplement du bien de passer quelques heures en compagnie d’un personnage qui nous ressemble ou auquel on aimerait ressembler ou au contraire pas du tout ! 

Récit captivant, émouvant, trépidant, poignant, hilarant, effrayant, révoltant. Toutes les émotions sont dans la lecture. Alors, ne nous privons pas de ces autres vies qui font rêver, qui font réagir.

En ce début d’année, prenons la bonne résolution de lire plus.

Pratiquons la bibliothérapie en automédication ! Lire pour le plaisir, c’est vivre mieux.

Bonnes lectures 2013 à tous !

Mes récentes lectures plaisir évoquées ici :

1 La Liste de mes envies, Grégoire Delacourt, Ed. J.-C. Lattès

2 La Vérité sur l’affaire Harry Québert, Joël Dicker, Ed. De Fallois

3 Quitter le monde, Douglas Kennedy, Ed. Belfond

4 Les Larmes de Tarzan, Katarina Mazetti, Ed. Actes Sud/Babel

5 La Fille à la vodka, Delphine de Malherbe, Ed. Plon

6 1Q84, Haruki Murakami, Ed. Belfond

7 Les Dix Enfants que madame Ming n’a jamais eus, Éric-Emmanuel Schmitt, Ed. Albin Michel

 

 

Une histoire d'sssss ?

La semaine dernière, j'étais à Venise, et j'ai vu un ours...

J'ai vu un ours qu'on écrit Urs. Un Urs qui est en voie de disparition mais qui n'est pas un animal. Un Urs qui est un homme non fait de chair et d'os, mais de cire. Bref, un autoportrait grandeur nature de l'artiste contemporain Urs Fischer, en cire, telle une bougie géante... allumée. Une œuvre rongée par la flamme, dégoulinante de cire, en voie de disparition, donc.

C'était au Palais Grassi, et c'était une rétrospective consacrée aux travaux de l'artiste suisse depuis les années 90 à aujourd'hui.

« Ça y est, elle délire... Tout ça n'a rien à voir avec l'orthographe !

- Mais si, mais si. Attendez ! »

Un petit trajet en Vaporetto, arrêt San Samuele, pas grand monde. Une grande affiche très blanche, avec un bandeau ondulant turquoise en partie haute et, semblant en relief, une main blanche sortant du mur blanc et tenant en lévitation un œuf tout aussi blanc. Et quelques inscriptions enfin, le lieu, Palazzo Grassi, François Pinault Foundation, l'artiste, Urs Fischer, le titre de l'exposition, Madame Fisscher, et les dates. Tiens, l'expo vient juste d'ouvrir ses portes pour trois mois.

Entrons. Atelier d'artiste chaotique, lave-linge en bois peint en blanc (encore du blanc !), paquet de cigarettes errant dans les airs, main sortant du mur avec son œuf en lévitation, femme nue (une vraie), allongée sur un canapé, devant une forêt de statuettes de bronze sur piédestaux, et saluant les visiteurs déconcertés... Bon, encore de l'art qui me dépasse ! 

Nous sommes contents néanmoins d'avoir vu tout cela, et aussi le Balloon Dog magenta de Jeff Koons, superbe (même si la symbolique m'échappe à première vue tout autant que pour le reste), la collection François Pinault et la grandiose et sublime (attention, je suis fan !) fresque géante de Murakami (pas Haruki, l'auteur en vogue*, non, Takashi, le plasticien qui avait fait scandale au château de Versailles en 2010) ! 

Retour au Vaporetto et dernier coup d'œil sur la grande façade blanche avec son affiche assortie... Attendez une minute ! Je rêve ou là, sous mes yeux, sur la toile tendue sur la façade, il y a deux, mais oui !, deux s à Fisscher ? À Madame Fisscher, et PAS à Urs Fischer ! Ça me rappelle une histoire de double lune*...

Et je vous l'avais bien dit qu'il serait question d'orthographe ! Et dire que ça ne m'a pas sauté aux yeux à l'arrivée ! C'est vexant !

Bon, la probabilité d'une coquille est infinitésimalement peu probable sur cette affiche. À l'inverse, il est invraisemblable que cette Madame Fisscher ne doive pas son nom à celui de l'artiste à l'honneur. Je m'interroge donc sur le pourquoi du comment. Il y a là un mystère à élucider, pour ceux que cela intéresse, du moins.

De retour de notre parenthèse vénitienne familiale, j'ai cherché... et j'ai trouvé ! Ah ! Toile virtuelle ! Si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer !

« Les deux s sont une allusion au musée de cire de Londres, Madame Tussauds. » Mes sources ? Le site lepoint.fr. Fiabilité ? Totale, on peut l'espérer, le journal est la propriété de la fondation Pinault...

Je le dis souvent à mes enfants – qui cherchent et me signalent fièrement les coquilles qu'ils trouvent ou croient trouver dans leurs livres –, les noms propres, noms de marques et autres néologismes publicitaires ne se plient pas strictement aux règles de l'orthographe et les auteurs jouissent d'une liberté totale en la matière. Nous avons ici un bel exemple et me voilà satisfaite d'avoir trouvé une réponse à mon interrogation.

La semaine prochaine, je m'envole pour New York. Que vais-je trouver à me mettre sous la dent au pays de Jeff Koons ?

 

* Référence à la série 1Q84 et à ce billet.

Une correctrice dans la ville...

Au secours ! Il semble que je ne puisse plus enlever mes lunettes de correctrice... Elles sont posées sur mon nez depuis quelques années et je n'arrive plus à m'en séparer.

Résultat, je vois des fautes partout ! 

Avez-vous remarqué que nous sommes cernés ? Ou est-ce moi seule qui vois ces fautes s'afficher (s'assumer ?), sur les vitrines des commerçants et dans les salles d'attente comme seuls Aomamé et Tengo voient les deux lunes dans le ciel de 1Q84* ?

Pas de doute pourtant ! Je vois bien des fautes d'orthographe s'afficher partout, sans complexe ou inconscientes... 

Florilège de ces derniers mois :

Chez un commerçant : « Pour toute commande, merci dans faire la demande ». (d'en)

Chez un autre commerçant : « Venez profitez des offres de Noël ». (profiter)

Au club de sport : « La direction et le conseil d'administration vous souhaite une excellente année 2012 ». (souhaitent)

Chez le dentiste : « Pour toute prise en charge CMU, merci de fournir tous les document nécessaires... ». (documents)

Dernière faute en date, chez une grande enseigne de bricolage : « Veuillez présenter vos sacs et cabas ouvert en caisse ». J'ai pointé du doigt l'affiche à ma fille de 9 ans, qui a lu puis déclaré ébahie : « Il manque un "s" à ouvert ?! ».

Parfois, je fais la remarque à mon interlocuteur, avec diplomatie, s'entend ; parfois, je n'ose pas ! Parfois, je reviens, et la faute a disparu (du moins sur une partie des affiches...!) ; parfois, elle est toujours là, un an après, malgré ma remarque, au contrôle dentaire suivant par exemple...

Bien sûr, on peut décider que tout ça n'est pas bien grave, que ça ne va pas empêcher la Terre de tourner et les magasins de vendre. On peut même penser que personne ne s'en aperçoit... Sans doute pas en tout cas des gens comme Mickael Korvin et Morsay, l'écrivain et le rappeur ayant accusé récemment Erik Orsenna de « tuer le français » avec par exemple son livre La Révolte des accents (Stock, 2007) ! Polémique imbécile selon moi. « Point, final », comme l'a commentée l'académicien agressé.

Mais revenons aux fautes qui s'affichent. Le fait est que j'ai remarqué ces négligences, et avec moi sans doute un certain nombre de personnes, et je pense même, ou du moins j'espère, que 100% des personnes qui s'en aperçoivent en sont incommodées ! Que voulez-vous ? Aomamé et Tengo poursuivent leur route malgré les deux lunes. Et nous autres allergiques à la faute faisons de même...

« Les hommes ne se comprennent qu'à mesure qu'ils sont animés des mêmes passions. »

Stendhal, écrivain français (1783 - 1842)

 

 *1Q84, livres 1, 2 et 3, Haruki Murakami, parus en France en 2011 et 2012 chez Belfond. Cf. mon billet sur le salon du livre ici.