correction

  • De l'utilité de compter les espaces comme des caractères...

    Un internaute me demande pourquoi compter les espaces comme des caractères dans la correction professionnelle, et « comment peut-on faire des fautes d'espace »...

    C'est l'occasion de faire le point sur la question. Car, de fait, une part non négligeable de mon temps de correction est passée à corriger… le vide !

    Eh oui ! il y a effectivement plusieurs types d’erreurs possibles concernant les espaces, lesquelles (1) font partie, rappelons-le, des caractères dits « non imprimables », comme les retours à la ligne.

    Voici quelques exemples de corrections nécessaires sur les espaces.

    -        Pour commencer, la très classique double espace. Une espace en trop entre deux mots, c’est une intervention du correcteur.

    -        Deuxièmement, les oublis de traits d’union dans les mots composés : le petit déjeuner, vis à vis, c’est à dire, un New Yorkais… Ce sont autant d’espaces à « combler », donc nécessitant une correction.

    -        Enfin, l’espace insécable… obligatoire, par exemple, avant un signe de ponctuation dite « haute » (:;!?) ou entre un nombre et le symbole d’une unité de mesure (10 min, 3 kg, 1 000 €, 23 %…). Cette espace empêche ladite ponctuation ou le symbole d’être séparé en fin de ligne de ce qui le précède. Beaucoup de vérifications et de corrections en la matière !

     CQFD ! Voilà pourquoi il n’est pas saugrenu, et encore moins opportuniste, de facturer les espaces comme tous les autres caractères lors d’une correction orthographique !

    NB : sachez que la langue française distingue en réalité trois types d’espaces :

    ·         l’« espace mots justifiante », espace « normale » et qui varie en largeur en fonction du nombre de mots sur une ligne dans un texte justifié ;

    ·         l’« espace mots insécable », de largeur fixe et empêchant, donc, un mot ou un caractère (guillemets, deux-points) d’être séparé en fin de ligne du mot qui le précède (ou qui lui succède, dans le cas du guillemet ouvrant) ;

    ·         l’« espace fine insécable », qui précède les ponctuations hautes autres que le deux-points (;!?). En pratique, avec les logiciels de traitement de texte, aujourd’hui, l’espace fine n’est pas facilement intégrable et est le plus souvent remplacée par une espace mots insécable.

    (1) le mot « espace » est féminin en typographie.

  • Monsieur Larousse, censurez ! SVP !

    Ma fille avait une dissertation à rendre en anglais aujourd'hui et m'a proposé de la lire, si je voulais. « Oui, bien sûr, chérie ! » Mais comme je suis une maman pointilleuse, et de surcroît allergique aux erreurs, je dois toujours, dans ce genre de circonstances, m’assurer de savoir exactement avant lecture ce que mes enfants me demandent quand ils me proposent de lire leur prose. Un avis sur le fond ? sur la forme ? une correction orthographique ? (Si tant est que je réussisse à faire l’un sans l’autre, ça, c’est une autre histoire…)

    Et voilà que ma fille me répond : « Ce n’est pas pour les fautes, j’ai utilisé le correcteur en ligne… » Saperlipopette ! Je n’ai pas le temps de lever le sourcil pour manifester mon indignation qu’elle a déjà réalisé l’énormité de sa réponse… C’est qu’elle me connaît comme si je l’avais faite… No comment.

    Dissertation lue, presque aucune erreur relevée. Soit le correcteur en ligne n’est pas si mauvais, soit le niveau d’anglais de ma fille est vraiment très bon. J’opte pour la deuxième explication, et je sais que j'ai raison de le faire.

     

    Puis je me remets au travail, de la correction en français, cette fois. C’est alors que, lors d’une vérification sur larousse.fr, je remarque le petit monsieur en marinière, là, sur le côté. Je regarde de plus près, et cette fois mon sourcil se soulève bel et bien d’indignation ! Quatre erreurs (dont deux fois la même) dans une accroche invitant à apprendre la langue française sur TV5MONDE. C'est du propre !

    Monsieur Larousse, s’il vous plaît, censurez les annonces contenant des erreurs de français !! Quant à TV5MONDE qui prétend enseigner le français, comment vous dire…

    Copie d'écran sur larousse.fr

    Capture d'écran ce jour sur le site larousse.fr
    11/04/2017

  • Correcteur pas correct

    Cela fait longtemps que je n'ai pas pris le temps bloguer ici.

    Mais je me dois de partager avec vous ma récente découverte d'un correcteur en ligne particulièrement mauvais : http://www.mystilus.com/Page_d_accueil.

    Je ne recherche pas ce genre de sites en général et suis tombée dessus par hasard. Méfiante par nature orthographique, vous le savez, je m'empresse de réaliser un petit test très simple... qui ne fait que confirmer mes soupçons. Voyez plutôt : 

    Je demande la vérification de la phrase : « La mer de mon geandre es plu agé que moi. » et appuie sur la touche réviser.

    Le mal nommé Stilus me signale :

     - que geandre et agé sont incorrects en les soulignant de rouge,

     - que, geandre ne convenant pas, je peux le remplacer par geindre... (pas d'autre choix, j'accepte donc, en remplaçant ainsi sciemment une erreur par une autre...)

     - que pour agé, il me faut choisir entre âge et âgé. Je choisis âge... (en gardant donc également une erreur à la place d'une autre)

     - et c'est tout ! S'affiche alors cette édifiante conclusion : « Il n'y a plus d'erreur. »

    Je peux donc, à l'en croire, écrire en toute confiance dans mon texte : 

    « La mer de mon geindre es plu âge que moi. »

    J'insiste, je redemande une révision sur cette phrase. Réponse :  « Nous n'avons pas trouvé d'erreur. »

    Eh bien ! voilà qui est intéressant, n'est-ce pas ? Il ne me reste plus qu'à vous donner ma version sans erreur de cette phrase (pour laquelle Stilus affirme tout autant ne pas avoir trouvé d'erreur... À la bonne heure !), en corrigeant d'une part les 4 erreurs sur 6 non trouvées par Stilus, et d'autre part les 2 qu'il m'a proposé d'ajouter...

    « La mère de mon gendre est plus âe que moi. »

    ... et à vous conseiller la plus grande méfiance à l'égard de ce genre de sites de correction...

  • Un livre-pépite parmi des millions d'autres

    Partageons, partageons nos lectures ! Et dire qu’il fut un temps où je considérais la lecture comme un plaisir solitaire.

    Depuis mon expérience mère-fille du prix Gulli du roman, je m’intéresse de plus près à la littérature jeunesse, et ma fille, en plus de me signaler systématiquement les erreurs qu’elle relève dans les livres, maintenant me conseille des lectures. C’est drôle, d’avoir longuement discuté littérature avec moi, elle est maintenant capable de prévoir ce qui va me plaire dans ses toujours aussi voraces lectures.

    Cette semaine, une nouvelle copine lui a prêté de nouveaux livres. Parmi ceux-là, 22 !. « Tu devrais lire ce livre, m’a-t-elle simplement dit, je pense qu’il va te plaire. »image-22.jpg

    Bingo ! J’ai lu et j’ai beaucoup aimé ! Car ce n’est pas juste une jolie histoire pour enfants...

    Il a sa place dans ce blog, 22 !, ce livre de Marie-Aude Murail, paru chez l’École des Loisirs en 2008.

    C’est l’histoire d’un grand-duc qui fait interdire la lettre v dans son duché. Pourquoi ? Parce que, à la naissance de son riquiqui fils Ivan, un jeune poète en herbe écrit une chanson un peu moqueuse qui connaît un grand succès parmi les gens du peuple. La chanson parle d’Ivan, de vent, et vlan, et vlan, et vlan !… Vexé, le grand-duc, voulant éviter que son bourreau ne soit débordé à couper les têtes de tous les moqueurs, a cette brillante idée d’interdire la lettre v… et s’y contraint lui-même, ce qui lui vaut moult migraines. Essayez donc de parler sans v, vous ! Ce n’est pas une mince affaire !

    Alors bien sûr, on peut voir dans ce livre un plaidoyer contre toutes les censures, avec cette « police de la répression du v ». D’autant que ce titre, 22 !, évoque clairement l’expression argotique « 22 ! V’là les flics ! » (bien que 22 soit ici en premier lieu le rang du v dans l’alphabet !)

    Ce qui me plaît, à moi, c’est l’art de jouer avec les mots. L’auteur s’amuse et nous amuse.

    Cette drôle de loi rappelle le jeu de mot appelé « lipogramme », qui consiste à se contraindre à écrire un texte sans l’une ou l’autre lettre. Le plus connu des lipogrammes est sans doute le roman La Disparition, de Georges Perec, écrit sans utiliser la lettre e, et chacun imagine la gageure que cela représente en français (cet ortho-billet est bien un lipogramme sans w – mis à part ce dernier –, mais où est l’effort ?).

    Certes, comme le lipogramme exalte la créativité, la disparition du v au grand duché encourage la recherche de synonymes : plus de vent, mais de la bise, du zéphire, de la tramontane… Mais il faut bien le dire, la perte d’une lettre est une calamité !

    Le fautif troubadour, Vladimir devenu Ladimir, postule d’abord, incognito, au nouveau métier en vogue, euh... à la mode : « correcteur de la chose écrite », car il faut aussi faire disparaître le v des livres, euh… des choses écrites. Et il se met à réécrire, lui qui rêvait d’être écrivain (lui qui songeait à se faire romancier...). Mais, déprimé, le v le démangeant décidément, il se retire dans une « vieille villa avec véranda » au creux d'une « vallée venteuse ». Oh, là, là ! Allez dire ça sans v !

    Vous l’aurez compris, ce livre est tout à fait réjouissant, de ceux que j’aime tout particulièrement, car au plaisir de lire il cumule la perception de celui que l’auteur a indubitablement pris à l’écrire.

    De plus, et ce n’est pas là son moindre intérêt, il permet aux jeunes lecteurs, public destinataire, rappelons-le, de cette aventure insolite, de réfléchir sur leur propre langue et sur la richesse du vocabulaire qu’ils emploient sans même y penser.

    Alors, merci ma fille pour ce conseil de lecture ! À mon tour, ici, je partage le plaisir que m’a apporté cette petite pépite.

    Lisez et faites lire !