Douglas Kennedy

Ma bonne résolution plaisir, lire plus !

Que fait une correctrice pendant ses vacances ? Elle lit, bien sûr ! En tout cas, c’est ce que je fais, du moins plus que d'habitude. Quel plaisir de m’installer dans le fauteuil devant la cheminée, en plein après-midi d’hiver, à la lumière du lampadaire, car le jour baisse déjà, et de lire une heure ou deux. La Liste de mes envies1, la semaine dernière (un coup de cœur !), La Vérité sur l’affaire Harry Québert2, cette semaine. Il n’y a que pendant les vacances que je m’octroie de vrais longs moments de lecture plaisir.

Depuis toujours, j’aime lire, j’aime les livres. Mais je lis trop peu pour le plaisir. Le boulot, les enfants, la maison, il y a fort à faire. J’ai peu de temps pour lire. Ou, pour être plus honnête avec moi-même, je ne prends pas beaucoup le temps de lire.

D’ailleurs, à quoi bon ? Gérer son propre quotidien n’est-il pas plus important que de se laisser emporter dans celui de personnages imaginaires pour qui il est si facile de décider de changer de vie, de tout quitter pour vivre son rêve, de multiplier son temps de travail par deux pour payer les factures, de le diviser pour devenir la mère idéale. Question de priorités.

Mais je lis, je dévore même certains livres. Ah ! Ça, oui ! Je le trouve le temps de lire quand je tombe sur une Jane3, une Mariana4, une Alice5 (super coup de cœur !), sur une Aomamé6 ou encore sur une Madame Ming7 ! Que des femmes, tiens !

Et je lis. J’abandonne un temps mes tâches, ma famille, et je lis. Même si l’on peut partager ses émotions de lecture avec ses amis ou dans un club de lecture, lire est avant tout un plaisir égoïste et solitaire. Dans le fauteuil, une heure, pendant la cuisson du repas, cinq minutes, dans la salle d’attente du médecin, en attendant mon tour, n’importe où, dès que possible. Je me plonge dans la vie des autres à en oublier la mienne. C’est dangereux ! Je ressens le danger de la lecture. Le danger de plonger trop vite trop loin dans ces univers. Quand je retourne à ma réalité, j’ai l’impression d’être sonnée, mal réveillée, dans le brouillard. Souvent même, je suis morose à la fin d’une aventure. Je suis déçue de devoir quitter un personnage particulièrement attachant.

C’est grave docteur ? Non, bien sûr, une correctrice sait faire la part des choses entre la fiction et la réalité. Ce ne sont là que des histoires. N’empêche, je me sens happée par ces autres vies, et je me sens en danger parfois autant que je m’en délecte. 

Lecture danger, lecture échappatoire ; mais lecture thérapie, lecture espoir aussi. Connaissez-vous la « bibliothérapie » ? Savez-vous que des psychothérapeutes prescrivent, déjà depuis quelques années, des livres à lire à leurs patients, non pour qu’ils échappent à leur quotidien à problèmes, mais bien pour le partager avec un personnage souffrant du même mal mais qui à la fin s’en sort et donnera de l’espoir au lecteur. Une lecture pour voir les problèmes sous un autre angle, pour se sentir moins seul, pour croire en une guérison possible.

Et puis quoi ! Même si le « problème » n’est que le monotone quotidien, cela fait du bien, tout simplement du bien de passer quelques heures en compagnie d’un personnage qui nous ressemble ou auquel on aimerait ressembler ou au contraire pas du tout ! 

Récit captivant, émouvant, trépidant, poignant, hilarant, effrayant, révoltant. Toutes les émotions sont dans la lecture. Alors, ne nous privons pas de ces autres vies qui font rêver, qui font réagir.

En ce début d’année, prenons la bonne résolution de lire plus.

Pratiquons la bibliothérapie en automédication ! Lire pour le plaisir, c’est vivre mieux.

Bonnes lectures 2013 à tous !

Mes récentes lectures plaisir évoquées ici :

1 La Liste de mes envies, Grégoire Delacourt, Ed. J.-C. Lattès

2 La Vérité sur l’affaire Harry Québert, Joël Dicker, Ed. De Fallois

3 Quitter le monde, Douglas Kennedy, Ed. Belfond

4 Les Larmes de Tarzan, Katarina Mazetti, Ed. Actes Sud/Babel

5 La Fille à la vodka, Delphine de Malherbe, Ed. Plon

6 1Q84, Haruki Murakami, Ed. Belfond

7 Les Dix Enfants que madame Ming n’a jamais eus, Éric-Emmanuel Schmitt, Ed. Albin Michel