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  • Je vous écoute avec les yeux

    Chers lecteurs et clients,

    certains d’entre vous le savent, je suis malentendante, voire une sourde en devenir, même si un appareil auditif me permet aujourd’hui de faire illusion dans la plupart des situations… que je n’évite pas.

    J’entends mal, donc, mais je n’en suis pas moins à votre écoute. Certes, je décline vos invitations à échanger au téléphone ; certes aussi, je ne vous propose pas mes services dans les allées bruyantes des salons ; certes encore, il me faut choisir mon siège – celui à votre gauche – lorsque je viens vous rencontrer au bureau. Je suis à votre écoute…, mais de préférence par écrit !

    Fort heureusement, mon métier ne demande pas tant une bonne audition, qu’une bonne vue, une vue formée et exercée, capable de traquer la faute, l’erreur, l’imprécision, l’oubli... « Un œil de lynx ! », me dit-on…

    Ce qui m’amène à signaler/rappeler que le lynx, superbe animal au demeurant, n’a qu’une vision bien ordinaire, et ne mérite donc pas d’être encensé en cela.

    Car, en réalité, l’expression nous vient de la mythologie grecque. Et plus précisément d’un certain Lyncée (« Lunkeos », en grec), compagnon de Jason parti en quête de la Toison d’Or, pilote de navire de son état, et surtout doté du pouvoir de voir à travers les nuages, les rochers et les profondeurs marines… Ah ! Quel don que celui d’avoir les yeux de Lyncée !

    Lunkeos, lynx, un duo de paronymes (mots de sens différents mais de sonorités voisines) ayant conduit au fil du temps au superpouvoir supposé des félins à pinceaux de poils !

    Notez d’ailleurs que la confusion ne date pas d’hier, puisque Jean de la Fontaine en personne l’a reproduite dans sa fable La Besace (en 1668 !) :

    Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous,

    Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes

    On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.

    Moralité, tâchant de n’être pas taupe, espérant ne pas le devenir, je me tiens à votre écoute écrite pour tout besoin de relecture professionnelle !

  • J'ai découvert monsieur Anouar Benmalek

    Il y a quelques jours, je suis allée écouter Anouar Benmalek, un écrivain, poète et journaliste franco-algérien, lors d’une rencontre littéraire, une séance de « perco’lecteurs », à la médiathèque des Mureaux.

    Anouar Benmalek est un ancien professeur de mathématiques devenu poète pour séduire une femme parlant le sanscrit, car, selon lui, les mathématiques n’étaient rien moins que séduisantes. En fin de compte, la femme était mythomane et dénuée de tous les talents admirables qu’elle s’était inventés et Anouar Benmalek était resté avec sa « mauvaise » poésie sur les bras (c’est lui qui le dit), avec l’envie d’en écrire davantage et plein de gratitude, au fond, pour sa muse involontaire. Un grand écrivain était né. À quoi ça tient ?!

    Je suis confuse. Je n’avais jamais entendu parler de ce monsieur que pourtant d’aucuns qualifient de « nobélisable », pas plus que je n’avais lu ses livres, que pourtant la critique louange. Mais on me propose de rencontrer un écrivain scientifique de formation, il n’en faut pas plus pour éveiller ma curiosité et, avouons-le tout bas, un soupçon de jalousie.

    Le personnage est modeste et drôle. « À quoi cela sert-il d’écrire ? » demande la bibliothécaire, un brin provocatrice. « À rien ! » répond-il, non moins provocateur, mais tout de suite il s’explique : « Ça ne sert à rien d’écrire, mais c’est l’honneur de notre espèce de se détacher de l’utile », et l’auditoire d’acquiescer admiratif.

    Tous ses livres sont violents malgré lui, car dit-il, la vie est violente. Il voudrait, il essaie pourtant d’écrire des « love stories ». Il sourit. Il aimerait pouvoir s’adonner au lyrisme pur. Mais il n’y a rien à faire, ses histoires prennent place dans l’Histoire, et il est incapable de s’affranchir du contexte historique dans lequel évoluent ses personnages. Au point de transformer totalement un roman en cours à la lecture d’une brève dans le journal…

    Mais il insiste, tentant sans doute de se convaincre, ou de se rassurer lui-même, il y a toujours une « love story » dans ses histoires (« tout de même menée à rude épreuve ! » souligne l’autre bibliothécaire) ; la « love story » est indispensable pour supporter la violence. Car « certains événements ne sont supportables que si par ailleurs il y a de l’espoir ».

    Mais, s’il n’est pas lyrique, l’homme n’est pas non plus cynique ; il préfère l’ironie, « seule arme contre la bêtise ». Et se battre, cet homme a dû et su faire. Décrié, conspué, menacé de mort, le journaliste et écrivain engagé, admiré sur le sol français, membre fondateur du Comité algérien contre la torture, a soulevé des vagues insensées de haine intégriste dans le Moyen-Orient.

    N’empêche, pour toute réaction, il hausse les épaules et mentionne l’extrême courage de ces gens considérés comme incultes sauvant, au péril de leur vie, les livres des bibliothèques de Tombouctou ; et il continue d’écrire coûte que coûte contre la bêtise et pour lui-même.

    Parler de son dernier ouvrage transforme sa verve de modeste courageux en confidences timides ; il rougit, presque mal à l’aise.

    C’est une lettre à sa mère, chargée du regret de ce qu’il n’a pas dit à temps, une revanche aussi pour elle, qui a traversé cette Histoire qu’il raconte et qui l’a bien maltraitée, sa mère.

    La violence du cœur des hommes m’est insupportable à admettre, même dans les livres, et d’autant moins lorsqu’elle n’est pas le seul fruit de l’imagination d’un auteur tourmenté. Par conséquent, monsieur Benmalek, il n’est point sûr que je m’aventure un jour dans vos « love stories ». Mais ce livre-là, Tu ne mourras plus demain, je le lirai. Parce qu’à moi aussi ma chère maman me manque et que lire le manque des autres est une façon de combler le sien, de manque, le mien à tout le moins.

    Une heure et trente minutes ont passé, déjà. C’était passionnant et enrichissant. Merci les perco’lecteurs, merci Monsieur Anouar Benmalek.

  • Lecture publique, laissez-vous embarquer !

    Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture. Après un week-end inaugural déjà très riche en manifestations diverses ces 12 et 13 janvier, la ville et ses habitants vont se mobiliser toute l'année pour offrir à tous leurs visiteurs une multitude d'animations culturelles.

    Et parce que, question culture, nous parlons essentiellement de livres ici, laissez-moi vous parler de la manifestation littéraire majeure du programme : le roman-feuilleton intitulé « Les Mystères de la Capitale ».

    Extrait de http://www.mp2013.fr/evenements/2013/01/le-roman-feuilleton-les-mystere-de-la-capitale/) :

    « En ordonnant ces talents et ces regards autour de l’idée de roman-feuilleton, forme d’origine profondément populaire, l’idée est de faire émerger les “Mystères de la Capitale”. Douze auteurs en résidence sur le territoire, entre janvier et décembre 2013, vont ainsi écrire douze nouvelles publiées sous forme d’épisodes hebdomadaires dans le journal La Marseillaise. Ces nouvelles prennent le thème du cinéma à La Ciotat, de la BD à Aix-en-Provence mais aussi la forme d’une histoire littéraire sur l’Olympique de Marseille, et c’est un territoire trop souvent figé dans quelques clichés ou enfermé dans une image fantasmée qui est “mis en littérature” pour dessiner, au fil de l’année, un portrait kaléidoscopique. Parmi les auteurs accueillis, Maylis de Kerangal écrit à partir de l’Olympique de Marseille, Marcus Malte à partir de la Fondation Camargo à Cassis, Christian Garcin à partir de l’abbaye de Silvacane ou Ariel Kenig à partir de la préparation de l’Europride à Marseille… La présence des auteurs permet parallèlement d’aller directement à la rencontre du public en organisant, tous les mois, lectures publiques et rencontres d’auteurs dans les bibliothèques et les librairies du département, en lien avec les dispositifs de la Bibliothèque départementale ou dans le cadre des manifestations littéraires du territoire. »

    J’ai expérimenté une fois la lecture publique. C’était à l’occasion du trente-cinquième anniversaire de la librairie La Réserve à Mantes-la-Ville, à l’automne dernier. Et j’ai beaucoup, beaucoup aimé ! J’ai lu des centaines d’histoires à mes enfants, les captivant, les faisant rire. Les enfants aiment écouter les livres. Mais je ne pensais pas pouvoir être embarquée moi-même par la lecture à voix haute d’un autre. Et pourtant, j’étais bel et bien suspendue aux lèvres de Marc Roger lisant La Méridienne. Bien sûr, le talent du lecteur y est pour quelque chose et, en la matière, Marc Roger est un virtuose notoire. Mais si la magie a opéré une fois, elle réopérera, c'est sûr. Expérience à renouveler pour moi, donc, et à recommander pour les autres !

    Pour l’heure, et pour ceux qui ont la chance d’habiter Marseille ou ses environs, créez l’occasion et tentez l’aventure. Partez à la découverte des « Mystères de la Capitale », et pourquoi pas, revenez nous en parler sur ce site !

    Et où que vous soyez, bonne année culturelle à vous !

  • Une vérité de Harry Quebert

    C'est drôle, j'écrivais il y a quelques jours (ici) que j'étais parfois triste de terminer un livre qui m'avait happée, morose de quitter un personnage qui m'avait séduite. Et voilà que je termine le livre que j'étais en train de lire, La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, passionnant, soit dit en passant, et que j'y trouve en toute fin de récit exactement le fond de ma pensée dans les mots d'un écrivain à un autre écrivain :

    « Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé. »

    Un océan de livres nouveaux chaque rentrée, une vague de prix littéraires chaque automne... Littérature avec un grand L des hommes de lettres et autres esthètes du verbe, ou romans de gare qui passionnent tout un chacun, pour ma part, je l'ai dit et je le redis, ce qui prime, c'est le plaisir de la lecture. Alors, comme Harry Quebert, je pense qu' « un bon livre [...] est un livre que l'on regrette d'avoir terminé ».

    À tout lecteur, salut !