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Un livre-pépite parmi des millions d'autres

Partageons, partageons nos lectures ! Et dire qu’il fut un temps où je considérais la lecture comme un plaisir solitaire.

Depuis mon expérience mère-fille du prix Gulli du roman, je m’intéresse de plus près à la littérature jeunesse, et ma fille, en plus de me signaler systématiquement les fautes qu’elle relève dans les livres, maintenant me conseille des lectures. C’est drôle, d’avoir longuement discuté littérature avec moi, elle est maintenant capable de prévoir ce qui va me plaire dans ses toujours aussi voraces lectures.

Cette semaine, une nouvelle copine lui a prêté de nouveaux livres. Parmi ceux-là, 22 !. « Tu devrais lire ce livre, m’a-t-elle simplement dit, je pense qu’il va te plaire. »image-22.jpg

Bingo ! J’ai lu et j’ai beaucoup aimé ! Car ce n’est pas juste une jolie histoire pour enfants...

Il a sa place dans ce blog, 22 !, ce livre de Marie-Aude Murail, paru chez l’École des Loisirs en 2008.

C’est l’histoire d’un grand-duc qui fait interdire la lettre v dans son duché. Pourquoi ? Parce que, à la naissance de son riquiqui fils Ivan, un jeune poète en herbe écrit une chanson un peu moqueuse qui connaît un grand succès parmi les gens du peuple. La chanson parle d’Ivan, de vent, et vlan, et vlan, et vlan !… Vexé, le grand-duc, voulant éviter que son bourreau ne soit débordé à couper les têtes de tous les moqueurs, a cette brillante idée d’interdire la lettre v… et s’y contraint lui-même, ce qui lui vaut moult migraines. Essayez donc de parler sans v ! Ce n’est pas une mince affaire !

Alors bien sûr, on peut voir dans ce livre un plaidoyer contre toutes les censures, avec cette « police de la répression du v ». D’autant que ce titre, 22 !, évoque clairement l’expression argotique « 22 ! V’là les flics ! » (bien que 22 soit ici en premier lieu le rang du v dans l’alphabet !)

Ce qui me plaît, à moi, c’est l’art de jouer avec les mots. L’auteur s’amuse et nous amuse.

Cette drôle de loi rappelle le jeu de mot appelé « lipogramme », qui consiste à se contraindre à écrire un texte sans l’une ou l’autre lettre. Le plus connu des lipogrammes est sans doute le roman La Disparition, de Georges Perec, écrit sans utiliser la lettre e, et chacun imagine la gageure que cela représente en français (cet ortho-billet est bien un lipogramme sans w – mis à part ce dernier –, mais où est l’effort ?).

Certes, comme le lipogramme exalte la créativité, la disparition du v au grand duché encourage la recherche de synonymes : plus de vent, mais de la bise, du zéphire, de la tramontane… Mais il faut bien le dire, la perte d’une lettre est une calamité !

Le fautif troubadour, Vladimir devenu Ladimir, postule d’abord, incognito, au nouveau métier en vogue, euh... à la mode : « correcteur de la chose écrite », car il faut aussi faire disparaître le v des livres, euh… des choses écrites. Et il se met à réécrire, lui qui rêvait d’être écrivain (lui qui songeait à se faire romancier...). Mais, déprimé, le v le démangeant décidément, il se retire dans une « vieille villa avec véranda » au creux d'une « vallée venteuse ». Oh, là, là ! Allez dire ça sans v !

Vous l’aurez compris, ce livre est tout à fait réjouissant, de ceux que j’aime tout particulièrement, car au plaisir de lire il cumule la perception de celui que l’auteur a indubitablement pris à l’écrire.

De plus, et ce n’est pas là son moindre intérêt, il permet aux jeunes lecteurs, public destinataire, rappelons-le, de cette aventure insolite, de réfléchir sur leur propre langue et sur la richesse du vocabulaire qu’ils emploient sans même y penser.

Alors, merci ma fille pour ce conseil de lecture ! À mon tour, ici, je partage le plaisir que m’a apporté cette petite pépite.

Lisez et faites lire !

J'ai découvert monsieur Anouar Benmalek

Il y a quelques jours, je suis allée écouter Anouar Benmalek, un écrivain, poète et journaliste franco-algérien, lors d’une rencontre littéraire, une séance de « perco’lecteurs », à la médiathèque des Mureaux.

Anouar Benmalek est un ancien professeur de mathématiques devenu poète pour séduire une femme parlant le sanscrit, car, selon lui, les mathématiques n’étaient rien moins que séduisantes. En fin de compte, la femme était mythomane et dénuée de tous les talents admirables qu’elle s’était inventés et Anouar Benmalek était resté avec sa « mauvaise » poésie sur les bras (c’est lui qui le dit), avec l’envie d’en écrire davantage et plein de gratitude, au fond, pour sa muse involontaire. Un grand écrivain était né. À quoi ça tient ?!

Je suis confuse. Je n’avais jamais entendu parler de ce monsieur que pourtant d’aucuns qualifient de « nobélisable », pas plus que je n’avais lu ses livres, que pourtant la critique louange. Mais on me propose de rencontrer un écrivain scientifique de formation, il n’en faut pas plus pour éveiller ma curiosité et, avouons-le tout bas, un soupçon de jalousie.

Le personnage est modeste et drôle. « À quoi cela sert-il d’écrire ? » demande la bibliothécaire, un brin provocatrice. « À rien ! » répond-il, non moins provocateur, mais tout de suite il s’explique : « Ça ne sert à rien d’écrire, mais c’est l’honneur de notre espèce de se détacher de l’utile », et l’auditoire d’acquiescer admiratif.

Tous ses livres sont violents malgré lui, car dit-il, la vie est violente. Il voudrait, il essaie pourtant d’écrire des « love stories ». Il sourit. Il aimerait pouvoir s’adonner au lyrisme pur. Mais il n’y a rien à faire, ses histoires prennent place dans l’Histoire, et il est incapable de s’affranchir du contexte historique dans lequel évoluent ses personnages. Au point de transformer totalement un roman en cours à la lecture d’une brève dans le journal…

Mais il insiste, tentant sans doute de se convaincre, ou de se rassurer lui-même, il y a toujours une « love story » dans ses histoires (« tout de même menée à rude épreuve ! » souligne l’autre bibliothécaire) ; la « love story » est indispensable pour supporter la violence. Car « certains événements ne sont supportables que si par ailleurs il y a de l’espoir ».

Mais, s’il n’est pas lyrique, l’homme n’est pas non plus cynique ; il préfère l’ironie, « seule arme contre la bêtise ». Et se battre, cet homme a dû et su faire. Décrié, conspué, menacé de mort, le journaliste et écrivain engagé, admiré sur le sol français, membre fondateur du Comité algérien contre la torture, a soulevé des vagues insensées de haine intégriste dans le Moyen-Orient.

N’empêche, pour toute réaction, il hausse les épaules et mentionne l’extrême courage de ces gens considérés comme incultes sauvant, au péril de leur vie, les livres des bibliothèques de Tombouctou ; et il continue d’écrire coûte que coûte contre la bêtise et pour lui-même.

Parler de son dernier ouvrage transforme sa verve de modeste courageux en confidences timides ; il rougit, presque mal à l’aise.

C’est une lettre à sa mère, chargée du regret de ce qu’il n’a pas dit à temps, une revanche aussi pour elle, qui a traversé cette Histoire qu’il raconte et qui l’a bien maltraitée, sa mère.

La violence du cœur des hommes m’est insupportable à admettre, même dans les livres, et d’autant moins lorsqu’elle n’est pas le seul fruit de l’imagination d’un auteur tourmenté. Par conséquent, monsieur Benmalek, il n’est point sûr que je m’aventure un jour dans vos « love stories ». Mais ce livre-là, Tu ne mourras plus demain, je le lirai. Parce qu’à moi aussi ma chère maman me manque et que lire le manque des autres est une façon de combler le sien, de manque, le mien à tout le moins.

Une heure et trente minutes ont passé, déjà. C’était passionnant et enrichissant. Merci les perco’lecteurs, merci Monsieur Anouar Benmalek.

Lecture publique, laissez-vous embarquer !

Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture. Après un week-end inaugural déjà très riche en manifestations diverses ces 12 et 13 janvier, la ville et ses habitants vont se mobiliser toute l'année pour offrir à tous leurs visiteurs une multitude d'animations culturelles.

Et parce que, question culture, nous parlons essentiellement de livres ici, laissez-moi vous parler de la manifestation littéraire majeure du programme : le roman-feuilleton intitulé « Les Mystères de la Capitale ».

Extrait de http://www.mp2013.fr/evenements/2013/01/le-roman-feuilleton-les-mystere-de-la-capitale/) :

« En ordonnant ces talents et ces regards autour de l’idée de roman-feuilleton, forme d’origine profondément populaire, l’idée est de faire émerger les Mystères de la Capitale. Douze auteurs en résidence sur le territoire, entre janvier et décembre 2013, vont ainsi écrire douze nouvelles publiées sous forme d’épisodes hebdomadaires dans le journal La Marseillaise. Ces nouvelles prennent le thème du cinéma à La Ciotat, de la BD à Aix-en-Provence mais aussi la forme d’une histoire littéraire sur l’Olympique de Marseille, et c’est un territoire trop souvent figé dans quelques clichés ou enfermé dans une image fantasmée qui est “mis en littérature” pour dessiner, au fil de l’année, un portrait kaléidoscopique. Parmi les auteurs accueillis, Maylis de Kerangal écrit à partir de l’Olympique de Marseille, Marcus Malte à partir de la Fondation Camargo à Cassis, Christian Garcin à partir de l’abbaye de Silvacane ou Ariel Kenig à partir de la préparation de l’Europride à Marseille… La présence des auteurs permet parallèlement d’aller directement à la rencontre du public en organisant, tous les mois, lectures publiques et rencontres d’auteurs dans les bibliothèques et les librairies du département, en lien avec les dispositifs de la Bibliothèque départementale ou dans le cadre des manifestations littéraires du territoire. »

J’ai expérimenté une fois la lecture publique. C’était à l’occasion du trente-cinquième anniversaire de la librairie La Réserve à Mantes-la-Ville, à l’automne dernier. Et j’ai beaucoup, beaucoup aimé ! J’ai lu des centaines d’histoires à mes enfants, les captivant, les faisant rire. Les enfants aiment écouter les livres. Mais je ne pensais pas pouvoir être embarquée moi-même par la lecture à voix haute d’un autre. Et pourtant, j’étais bel et bien suspendue aux lèvres de Marc Roger lisant La Méridienne. Bien sûr, le talent du lecteur y est pour quelque chose et, en la matière, Marc Roger est un virtuose notoire. Mais si la magie a opéré une fois, elle réopérera, c'est sûr. Expérience à renouveler pour moi, donc, et à recommander pour les autres !

Pour l’heure, et pour ceux qui ont la chance d’habiter Marseille ou ses environs, créez l’occasion et tentez l’aventure. Partez à la découverte des « Mystères de la Capitale », et pourquoi pas, revenez nous en parler sur ce site !

Et où que vous soyez, bonne année culturelle à vous !