Bienvenue sur mon « ortho-blog »

Bonjour et bienvenue sur mon « ortho-blog », le blog où l’on parle d’orthographe, mais pas que !

Billets d’humeur, actualité linguistique, anecdotes orthographiques, je partagerai ici, de temps à autre, mon regard de correctrice sur le monde qui nous entoure.

Merci pour votre visite !

 

« Ceux qui écrivent comme ils parlent, quoiqu’ils parlent très bien, écrivent mal. »

George Louis Leclerc, Comte de Buffon, écrivain, naturaliste et philosophe français (1707-1788)

  • « Pour croire avec certitude, il faut commencer par douter. » Proverbe polonais

    Je le crois, je le dis et je le répète, pour écrire sans erreur, il faut douter sans cesse, douter... et vérifier, bien sûr !

    Vendredi soir. Zapping télévisuel. Qui veut gagner des millions ? Tiens, toujours intéressant de se tester, on peut se rassurer en cas d’ignorance, en se disant « de toute façon, ce n’est pas à moi que l’on pose la question »...

    Question d’orthographe ! Aïe ! Toujours des pièges :

    Orthographiez correctement : À la tête de cette société, Anne et Marion se sont

    A/ succédé                 B/ succédés

    C/ succédées              D/ succéder

    Les deux célébrités à qui l’on pose la question n’hésitent pas une seconde, tiennent tête à l’animateur qui tente d’instiller le doute et répondent tout de go : « réponse C, Jean-Pierre ! »

    Eh bien ! non ! Réponse A, messieurs, dames !

    Ce n’est pas l’ovation du public que reçoivent alors les candidats pour leur réponse erronée, mais un monumental coup de massue sur la tête ! Jean-Pierre a beau parler de COI et de participe passé invariable, les candidats sont incrédules, consternés de voir leur cagnotte redescendre à 1 500 €, accablés.

    Ah ! Comme disent les Polonais : « Pour croire avec certitude, il faut commencer par douter. » Bon d’accord, les candidats n’avaient de toute façon pas le droit au BLED pour vérifier, mais, dans la vie de tous les jours, DOUTONS ET VÉRIFIONS !

    Cher visiteur, au cas où vous auriez répondu C, allez faire un petit tour par

  • Une contribution volontaire obligatoire ?

    En visite à la ferme biologique des Beurreries (Feucherolles, 78), ce samedi, j'entends de la bouche de notre guide, le propriétaire en personne, une drôle de formulation qui mérite que je m’y attarde...

    Parlant de ses récoltes de céréales, M. Bignon nous parle, non sans un sourire, de la Contribution volontaire obligatoire quil doit verser annuellement pour être autorisé à ressemer ses propres graines (au lieu den acheter tous les ans aux semenciers).

    Renseignements pris, lagriculteur na pas inventé cette formule incongrue. Il sagit bien dune taxe en usage, à la charge des paysans, justifiée par la nécessité de financer la recherche scientifique des multinationales semencières privées, dans un contexte où les crédits alloués à la recherche agronomique nationale (par lInra, http://www.inra.fr/) diminuent... Manifestement, la formule nest pas la seule incongruité de laffaire...

    Mais laissons là le débat de spécialistes et interrogeons-nous sur lopportunité de donner un nom aussi peu, comment dire, convaincant à une taxe, même pudiquement baptisée « contribution »qui est loin de faire lunanimité, un nom qui n’est pas sans rappeler trois bizarreries stylistiques de la langue française :

    – le pléonasme (répétition dune même idée) avec contribution (taxe) obligatoire,

    – loxymore (association de deux mots contradictoires) avec contribution (taxe) volontaire,

    – lantinomie (association de deux notions contradictoires) avec la juxtaposition de volontaire et obligatoire...

     

    Maladroit ? Indécent ? Absurde ?

    Indéniablement légal !

     

    Pour appréhender le débat, consultez par exemple ces liens :

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/29/pour-les-agriculteurs-ressemer-sa-propre-recolte-sera-interdit-ou-taxe_1610778_3244.html

    http://www.gnis.fr/files/enjeux/guide_loi_obtentions_vegetales.pdf

    http://www.bastamag.net/article1954.html

  • Les perles de mon salon (du livre)

    Juste pour le plaisir de partager, je vous livre les perles rares que j’ai rapportées de ma visite au salon du livre lundi dernier, avec la promesse de voyages littéraires, dans lespace et dans le temps...

    Première perle rare, alors que je mapprête à découvrir la Grosse Pomme dici quelques semaines : New York, Heureux qui comme... Paul Bourget (Éditions Magellan & Cie, en partenariat avec GEO, 2012). Le regard dun écrivain français, le très conservateur Paul Bourget, sur la « capitale » du Nouveau Monde... en 1893 ! Je pourrai comparer !

    Deuxième perle, la très célèbre Île au trésor de Robert Louis Stevenson (1883) sous forme de CD audio (Éditions EPM Jeunesse, 2006) à écouter en famille lors dun prochain périple en voiture. Je lis depuis quelques semaines Fanny Stevenson (Robert Laffont, 1993), le livre biographique dAlexandra Lapierre sur la romanesque vie de lépouse, infirmière et conseillère du célèbre romancier. Ce CD ma tendu les bras et je lai recueilli !

    Troisième perle plus rare encore... lédition 2012 dEuropéens & Japonais, Traité sur les contradictions & différences de mœurs, écrit pas le père jésuite Luís Fróis en... 1585 ! Alors là, je nai pas hésité une seconde à moffrir cette perle, dont javais lu lexistence dans le savoureux Au Japon ceux qui saiment ne disent pas je taime, dElena Janvier (Arléa, 2011). Là encore, je pourrai comparer ! Merci aux éditions Chandeigne !

    Enfin, une perle pas rare du tout depuis quelques jours en France, l’une des vedettes du salon, même, mais qui va également me transporter dans un autre monde : le très attendu 1Q84 livre 3 de Haruki Murakami (Belfond, 2012) ! Après le xixe et le xvie siècle, retour vers le passé xxe siècle, pour un monde parallèle à deux lunes...

    Jespère vous avoir mis leau à la bouche pour lune ou lautre de ces aventures littéraires et humaines.

  • Réflexions sinueuses entre l’art et la littérature

    Surprise ! Une cabane recouverte de grandes plumes d’oiseaux aux reflets vert sombre à noirs ; à la porte, comme à la fenêtre, un rideau de plumes immaculées qui me happe... J’entre. Nouvelle surprise. Murs et charpente recouverts de centaines de livres, format poche ou assimilé. Étonnantes, ces étagères sous pente. Et cette odeur ! Odeur de bois ? Ou de vieux livres ? Sans doute les deux à la fois. Atmosphère à nulle autre pareille. Je suis sous le charme, fascinée, envoûtée. Je n’ai pas fini ma visite sous les voûtes de cette immense salle des gens d’armes de la Conciergerie, mais voilà sans doute celle qui sera mon œuvre préférée, Crisis Cabin (la cabine de crise) de Markus Hansen, au sein du bestiaire improbable formant ici l’exposition Bêtes Off. Visite familiale in extremis, la veille de la fermeture de l’exposition* !

    La grande majorité de ces œuvres d’art contemporain, telles des énigmes, me laissent perplexe, tout comme celles, frisant le gigantisme pour certaines, que j’ai pu voir au Guggenheim de Bilbao. Soyons clairs, l’art contemporain, je n’y comprends goutte ! Non que j’y sois réfractaire, mais parce que ses symboles me dépassent. Les œuvres, comme les créateurs, me sont inaccessibles.

    Mais le miracle de l’art opère souvent de façon impromptue, devant un mystère pas moins obscur mais plus touchant que les autres, avec un sentiment qui fait la différence, l’émotion.

    Transmettre une émotion, qu’elle soit positive ou négative du reste, n’est-il pas, pour un artiste, aussi important que d’être compris ? Qui, d’ailleurs, peut réellement comprendre l’artiste ? Et l’acte de création ? Est-il souhaitable, même, de comprendre l’artiste ? Au vu de certaines œuvres terriblement sombres, j’imagine un esprit créateur tout aussi tourmenté que je ne suis pas très tentée d’explorer… Litote !

    Mais, allez savoir pourquoi, il me vient à l’esprit un parallèle entre cette visite et l’article de Frédéric Beigbeder que j’ai lu quelques jours auparavant dans le dernier numéro du magazine Lire (n°403, consacré à la littérature japonaise). Parallèle dont les lignes directrices bientôt divergent…

    Dans sa chronique, l’écrivain-critique littéraire-réalisateur s’étonne des sentiments opposés suscités de nos jours par les livres, d’une part, et leurs auteurs, d’autre part. Les uns sont délaissés, les autres, célébrés ; les uns sont en voie de disparition – comme les librairies indépendantes –, les autres deviennent des protagonistes vedettes… dans les livres (qui résistent), au cinéma, à la télévision, même !

    Voilà qui me ramène à ma propre perception de l’artiste d’art contemporain. Compréhension ou incompréhension de son œuvre, émotion que celle-ci suscite, fascination pour le génie inaccessible de l’auteur-artiste, en littérature, comme pour l’art – contemporain ou pas d’ailleurs –, pour le commun des mortels, les ingrédients sont les mêmes face aux œuvres produites.

    Seules les proportions de ces ingrédients diffèrent entre l’impact d’une sculpture ou d’une peinture et celui d’un livre.

    Il me semble en effet que la part d’inaccessible est bien moindre pour l’écriture. On voit par exemple tous les jours des personnalités de la politique, du show-business, de la télévision, publier des ouvrages… Attention, loin de moi l’idée d’assimiler cette production à de la littérature ! Seulement voilà, l’image publique est là : nul besoin d’être écrivain pour écrire.

    Et puis, si les écrivains relatent leur vie, tout un chacun peut aussi avoir un vécu, des blessures à raconter, voire à exorciser. François Busnel, dans l’édito du même magazine, fustige cette idée reçue vivace : « Puisque je suis victime, je peux écrire ma vie ; puisque je suis victime, je suis écrivain. »

    Il est donc plus facile, selon moi, de s’identifier à l’écrivain qu’à l’artiste, il est aisé de croire que l’on peut écrire.

    Ainsi, beaucoup de jeunes auteurs frappent aux portes des innombrables maisons d’édition françaises. Ce n’est pas pour autant que la proportion de « premiers romans » augmente sur les étagères estampillées nouvelles parutions. Trop de risque sans doute pour les éditeurs, soumis comme tout le monde aux lois de la concurrence et à la crise. Mieux vaut parier sur les auteurs au succès prévisible, ou sur le livre de la dernière coqueluche télévisuelle, que de chercher à découvrir au milieu de tous ces récits anonymes, la graine du Zola du siècle.

    N’empêche, les ateliers d’écriture ont le vent en poupe, et les ouvrages ne manquent pas qui ont pour ambition de guider le jeune auteur vers la publication.

    Moralité, comme dirait Frédéric Beigbeder, si « le public préfère les écrivains à leurs œuvres », c’est qu’il peut s’identifier à eux tout en les idolâtrant, ce qui revient à rêver secrètement, voire inconsciemment, de devenir lui-même une idole. Enfin, je crois !

    Mais, au fait ! quel rapport avec la Cabine de crise ? Juste qu’en quelques jours je me suis trouvée confrontée à ces deux idées si proches et si opposées à la fois : vouloir éviter d’entrer dans l’esprit torturé de l’auteur d’art contemporain tout en rêvant de ressembler à l’artiste de l’écriture…

    Sinueuse réflexion ? Sans doute..., mais les sinuosités de la pensée ne lempêchent pas de régner sur lesprit ! Comme dirait Émile-Auguste Chartier, le philosophe, « la pensée ne respecte rien quelle-même ». Ce à quoi son auguste pair René Descartes répliquerait sans doute : « Je ne me fie quasi jamais aux premières pensées qui me viennent. »...

    Oublions tout cela, alors !!!

    *J’ai aussi beaucoup aimé la vidéo des Oiseaux de Céleste « jouant » de la guitare électrique (de Céleste Boursier-Mougenot et Ariane Michel). Surprenant, amusant, poétiquement rock… ou l’inverse !